Par Pierre Scordia
Au-delà du récit de faits divers, « The Twisted Tale of Amanda Knox » explore la construction du mal féminin. Mêlant vérité, fiction et regard médiatique, la série redonne de la profondeur à une jeune femme que le monde avait déjà condamnée.
Version française ci-dessous.
Dès 2007, le meurtre de Meredith Kercher, étudiante britannique Erasmus à Pérouse, a captivé et divisé l’opinion publique internationale. Largement couvert par les médias britanniques, italiens et américains, l’affaire a rapidement placé la colocataire américaine de la victime, Amanda Knox, au cœur du scandale.
À l’époque, la presse à scandale la dépeignait comme une jeune femme froide et manipulatrice, voire dépravée. Le récit dominant s’articulait autour d’un jeu sexuel à quatre qui avait mal tourné, un scénario largement alimenté par les fantasmes médiatiques. Bien que plusieurs personnes aient été soupçonnées au cours de l’enquête, seule Amanda Knox a bénéficié d’une attention médiatique soutenue. Le traitement de cette affaire illustrait une tendance persistante : la diabolisation de la femme au cœur du drame, un héritage des chasses aux sorcières et des figures féminines vilipendées à travers l’histoire, de Marie-Antoinette à Monica Lewinsky.
La série « The Twisted Tale of Amanda Knox » , produite par Hulu et disponible sur Disney+, propose un récit alternatif captivant. Co-écrite par Amanda Knox elle-même, cette fiction relate les événements de son point de vue : celui d’une jeune femme accusée à tort et finalement innocentée par la Cour suprême italienne. Tournée en italien et en anglais, la série mêle subtilement les deux cultures qui se sont affrontées tout au long du procès, conférant à l’ensemble une rare authenticité.