Dans un procès historique pour abus sexuels sur mineurs, des victimes demandent pourquoi la France refuse de savoir.

Dans un procès historique pour abus sexuels sur mineurs, des victimes demandent pourquoi la France refuse de savoir.

Dans sa plaidoirie finale devant le tribunal, Mme Guedj-Benayoun a condamné ce qu’elle a appelé le « silence systémique et organisé » de la France concernant les abus sexuels sur mineurs.

Elle a évoqué une société patriarcale dans laquelle les hommes occupant des postes respectés comme celui de médecin restaient presque au-dessus de tout reproche et a pointé du doigt « le silence de ceux qui savaient, de ceux qui ont détourné le regard et de ceux qui auraient pu – dû – donner l’alerte ».

Getty Images Une femme en tenue d'avocate assiste à un procès, vêtue de noir et blanc et les cheveux noirs.Getty Images
Myriam Guedj-Benayoun (à gauche) a évoqué un code du silence en France concernant les abus sexuels sur mineurs (photo d’archives).

La dépravation révélée lors du procès a été sidérante – insoutenable pour beaucoup.

Le tribunal de Vannes a entendu, dans des détails insoutenables, comment Le Scouarnec, 74 ans, s’est complu dans sa pédophilie, décrivant soigneusement chaque viol d’enfant dans une succession de carnets noirs, s’attaquant souvent à ses jeunes patients vulnérables alors qu’ils étaient sous anesthésie ou en convalescence après une intervention chirurgicale.

Le tribunal a également été informé de l’isolement croissant du chirurgien retraité et de ce que son propre avocat a décrit comme « sa descente aux enfers », au cours de la dernière décennie avant qu’il ne soit arrêté, en 2017, après avoir abusé de la fille de six ans d’une voisine.

À la fin, seul dans une maison insalubre, buvant excessivement et ostracisé par une grande partie de sa famille, Le Scouarnec passait le plus clair de son temps à regarder en ligne des images violentes de viols d’enfants et à être obsédé par une collection de poupées réalistes à l’effigie d’enfants.

« J’étais attaché émotionnellement à eux… Ils faisaient ce que je voulais », a déclaré Le Scouarnec au tribunal d’une voix monocorde et calme.

DAMIEN MEYER/AFP Un homme sort d'une voiture aidé par la police, dont un agent tient un parapluie.DAMIEN MEYER/AFP
Joël Le Scouarnec (qui sort de la voiture) passera sans aucun doute le reste de sa vie en prison.

À quelques rues du palais de justice, dans une salle municipale aménagée pour l’occasion, des journalistes ont suivi le déroulement des débats sur un écran de télévision. Ces derniers jours, les sièges se sont remplis et la couverture médiatique du procès s’est intensifiée à mesure qu’il approche de son dénouement.