Dans un procès historique pour abus sexuels sur mineurs, des victimes demandent pourquoi la France refuse de savoir.

Dans un procès historique pour abus sexuels sur mineurs, des victimes demandent pourquoi la France refuse de savoir.

« J’ai fait une erreur, je l’admets, comme toute la hiérarchie », a finalement concédé un autre administrateur.

Un autre point commun entre les affaires Pelicot et Le Scouarnec réside dans ce qu’elles ont toutes deux révélé sur notre compréhension – ou notre manque de compréhension – du traumatisme.

Sans avertissement ni soutien, Gisèle Pelicot s’est retrouvée brutalement confrontée par la police aux preuves vidéo de ses propres actes drogués et violés.

Plus tard, au cours du procès, certains avocats de la défense et d’autres commentateurs ont cherché à minimiser ses souffrances en soulignant le fait qu’elle était inconsciente pendant les viols – comme si le traumatisme n’existait, tel une blessure, que lorsque sa cicatrice est visible à l’œil nu.

Dans l’affaire Le Scouarnec, la police française semble avoir procédé de manière tout aussi brutale pour retrouver les nombreuses victimes du pédophile, convoquant des personnes pour un entretien sans explication, puis les informant, sans crier gare, qu’elles figuraient dans les carnets du chirurgien.

Les réactions des nombreuses victimes de Le Scouarnec ont été très diverses. Certaines ont tout simplement choisi de ne pas participer au procès, ni d’affronter un traumatisme d’enfance dont elles n’ont aucun souvenir.

Pour d’autres, la nouvelle de ces abus les a profondément affectés.

« Vous êtes entré dans ma tête, vous me détruisez. Je suis devenu une autre personne – une personne que je ne reconnais plus », a déclaré une victime, s’adressant à Le Scouarnec au tribunal.

« Je n’ai aucun souvenir et je suis déjà brisé », a déclaré un autre.

« Ça m’a complètement bouleversé », a admis un policier.

Et puis il y a un autre groupe de personnes qui – un peu comme Gisèle Pelicot – ont trouvé dans la connaissance des abus qu’elles ont subis une révélation, leur permettant de comprendre des choses qu’elles n’avaient pas comprises auparavant sur elles-mêmes ou sur leur vie.

Certains ont établi un lien entre les sévices subis pendant leur enfance et un sentiment général de malheur, un comportement inapproprié ou un échec dans la vie.

Pour d’autres, les liens ont été beaucoup plus spécifiques, permettant d’expliquer toute une série de symptômes et de comportements mystérieux, allant de la peur de l’intimité aux infections génitales répétées et aux troubles alimentaires.